L’hyper-croissance des entreprises, une stratégie d’accompagnement à adopter

Par Jean Lepage

Certains les surnomment des Gazelles, et d’autres des entreprises en hyper-croissance. Peu importe leur nom, soutenir les entreprises locales qui ont le potentiel de changer d’échelle, est la stratégie la plus payante en développement économique local.

Le changement d’échelle correspond à la stratégie qu’une entreprise met en œuvre pour créer de la valeur économique, en favorisant sa croissance rapide. Plus il y a d’entreprises (privées ou sociales) qui créent de la valeur, plus riche et prospère deviendra le territoire.

C’est la stratégie de développement économique adoptée par plusieurs agences de développement économique à travers le monde. Et ça fonctionne!

Soutenir la croissance des entreprises

Faut-il autant favoriser la croissance des entreprises que les start-ups?

En théorie, on devrait faire les deux! Mais en pratique, les ressources auxquelles votre communauté peux avoir accès sont de plus en plus rares, vous n’avez pas le choix de les investir de façon optimale. Vous devez mettre l’emphase sur les actions qui ont le plus d’impact. De plus en plus d’études[1] démontrent que soutenir les entreprises dans leurs défis de croissance, crée plus de retombées économiques durables que toutes autres stratégies de développement économique basées sur la création, l’attraction ou la rétention d’entreprises.

En termes de retombées socioéconomiques, peu importe que l’entreprise à fort potentiel de croissance, soit vieille ou jeune, de première ou troisième génération, innovatrice ou traditionnelle, ou qu’elle soit constituée de capitaux propres, elle peut connaitre une trajectoire de croissance relativement rapide, pourvu que l’entrepreneur en ait l’ambition et que son modèle d’affaires lui permette un changement d’échelle.  Une entreprise a la capacité de changer d’échelle, si elle peut produire davantage, à moindre coût. 

Ce ne sont pas toutes les entreprises qui peuvent changer d’échelle. Outre, l’ambition de croitre, il faut aussi que l’entrepreneur soit ouvert à déléguer et que son modèle d’affaires le permette. Par exemple, le modèle d’affaires d’une boulangerie artisanale sera toujours limitée à sa capacité de produire et à sa localisation, tandis qu’une entreprise comme la boulangerie Première Moisson, peut multiplier à l’infinie ses points de vente et bénéficier d’importantes économies d’échelle grâce à l’industrialisation de ses méthodes de production. Le modèle d’affaire de cette dernière peut donc changer d’échelle.

Les entreprises en croissance stimulent la diversification économique 

Plus il y a de petites et moyennes entreprises (PME) qui connaissent une hyper-croissance, plus prospère et diversifiée deviendra l’économie de votre collectivité.  

Contrairement à l’étalement économique qui vise à multiplier les secteurs économiques, la diversification économique se fait en se spécialisant. Si elle veut diversifier son économie, la communauté doit soutenir ces nouvelles spécialités, en s’assurant qu’elle dispose d’une main-d’œuvre suffisante et talentueuse, d’infrastructures numériques et physiques de qualité; les parcs d’affaires, accès à internet haute vitesse, et enfin que les acteurs locaux travaillent en synergie complète.     

La présence d’établissements d’enseignement supérieur de renom, de talents et de centres de recherche sont propices à l’innovation, à l’essor de créneaux porteurs et à l’émergence de nouvelles entreprises spécialisées. 

La réussite d’une stratégie de diversification de développement passe nécessairement par des entreprises locales qui innovent, créent des emplois de qualité et développent de nouveaux marchés.  Les retombées qu’elles génèrent, telles des locomotives entrainant ses wagons, favorisent en retour la création et le maintien de dizaines d’entreprises plus traditionnelles dans la restauration, les commerces et les services personnels.

Et lorsque les acteurs économiques d’une communauté travaillent ensemble à l’hyper-croissance des entreprises, les banques locales obtiennent de meilleurs dossiers, la communauté accroit sa prospérité et les entreprises locales ont accès aux meilleurs talents et aux meilleures sources d’approvisionnement. Bien sûr, les entrepreneurs qui génèrent de la croissance en profitent également en générant plus de richesse.

Le démarrage d’entreprises (les start-ups) n’est pas à l’origine de la croissance économique

Plusieurs communautés misent sur le démarrage d’entreprises pour développer leur économie. C’est la plupart des fois une erreur! Dans le monde entier, dans les pays où on y retrouve un grand nombre de démarrages d’entreprise, comme en Turquie ou en Colombie, l’économie a de la difficulté à décoller. Tandis que dans les pays où le taux d’activité entrepreneuriale émergente (TEA) est le plus faible, les revenus per capita sont plus élevés. Cela veut dire qu’il y a d’autres facteurs à l’origine de la croissance économique et la création de la richesse, tels que la présence des grandes entreprises, de l’innovation et de savoir-faire.   

D’ailleurs, que ce soit en Israël, en Inde, à Boulder, à Boston et à la Silicon Valley, ce sont les grandes entreprises ont été les principaux moteurs d’une économie vivante et prospère. Ces dernières ont entrainé dans leur sillage la création de nombreuses entreprises innovantes.

Réputée pour son dynamisme entrepreneurial, la ville de Boulder au Colorado, comptait sur la présence d’IBM et de la Norad. En Israël, les firmes Tadiran et Israel Aircraft, à Boston, les firmes Raytheon, Mitre et Lincoln Labs, ont joué un rôle déterminant dans la formation de la nouvelle flore d’entreprises en hyper-croissance, à la fois plus innovantes et qu’exportatrices.

En pratique, afin de générer davantage de croissance économique, les nouvelles entreprises devraient être plus productives que les entreprises existantes. Ce qui n’est généralement pas le cas. La productivité s’accroit plutôt avec l’âge des entreprises et leur niveau de croissance. Et plus elles gagnent en importance, plus elles ont la capacité d’être productives. 

Le taux de démarrage d’entreprises suit étroitement l’évolution du taux de chômage. Il est très volatile. Les entreprises se créent et ferment selon la vigueur du marché de l’emploi. Et les travailleurs autonomes actuels ne feront pas nécessairement les chefs d’entreprise de demain.

De plus, les recherches suggèrent aussi que la plupart des emplois créés en démarrage sont des emplois de service, généralement moins bien rémunérés.  Un grand nombre de ces emplois disparaissent peu de temps après leur création.  Les bons emplois sont créés lorsque les entreprises croissent et se développent, et non quand elles démarrent.

Comment stimuler l’hyper-croissance des entreprises

Il est possible d’intervenir à quatre niveaux :

  • Niveau 1 – Soutenir les entreprises locales afin qu’ils obtiennent des gains rapides; par de l’accompagnement d’une équipe formée à cette fin, de la formation de pointe et des programmes d’élite de maillage et de co-développement;
  • Niveau 2 – Communiquer à la communauté d’affaire les succès de croissance des entreprises locales afin de créer un effet d’entrainement;  
  • Niveau 3 – Engager les membres de l’écosystème dans le but d’investir ensemble plus de ressources afin de soutenir entreprises à potentiel de croissance;
  • Niveau 4 – Renforcer la gouvernance, l’exécution et les capacités professionnelles et la pérennité des actions.  

Aujourd’hui, il y a des dizaines d’initiatives, au Danemark, en Colombie, en Suisse, en Russie, en Norvège, au Brésil, en Angleterre, en Écosse, au Panama et aux États-Unis, tous plus ou moins inspirés de cette approche d’intervention. Chacune les a adaptés à leur contexte local.  


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[1]                

Motivations to Scale. How European entrepreneurs think about growth and finance, 2019 

Scaleup Institute, THE SCALEUP REVIEW ON ECONOMIC GROWTH, 2016

AN INTERNATIONAL BENCHMARKING ANALYSIS OF PUBLIC PROGRAMMES FOR HIGH-GROWTH FIRMS, OECD, 2013

Stephen Roper, Mark Hart, SUPPORTING SUSTAINED GROWTH AMONG SMES – POLICY MODELS AND GUIDELINES, 2013

https://hbr.org/2012/11/focus-entrepreneurship-policy

Edward L. Glaeser, William R. Kerr, Giacomo A.M. Ponzetto, CLUSTERS OF ENTREPRENEURSHIP, 2009

Scott Shane, Why encouraging more people to become entrepreneurs is bad public policy, 2009

The vital 6 per cent How high-growth innovative businesses generate prosperity and jobs, Nesta, 2009

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