Le déclin de l’entrepreneuriat au Québec : Urgence d’agir

Par Jean Lepage

En 1992, le Québec comptait 197 000 entrepreneurs, un sommet selon les données du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie.

Cependant, en 2021, ce nombre avait chuté à 133 400, et Nathaly Riverin, fondatrice du programme Persévérance entrepreneuriale et de l’École d’Entrepreneurship de Beauce, prédit que d’ici un an, ils seront moins de 100 000.

En 1985, lorsque j’ai commencé en développement économique, en créant l’un des premiers organismes de soutien entrepreneurial au Québec, on comptait 152 950 entrepreneurs.

Aujourd’hui, malgré quatre décennies d’efforts, il semble que tout le travail pour promouvoir l’entrepreneuriat ait été réduit à néant.

Un constat alarmant

Alors que la population augmente et malgré une multitude de concours, programmes, et initiatives, pourquoi l’entrepreneuriat au Québec est-il en déclin? Le ministre responsable de l’entrepreneuriat, Christopher Skeete, défend le Plan québécois en entrepreneuriat 2022-2025. Pourtant, malgré de multiples versions depuis 2004, l’hémorragie se poursuit.

Le déclin du nombre d’entrepreneurs m’inquiète. Sans actions décisives, le Québec risque une érosion rapide de son tissu économique, menaçant la vitalité de nos communautés et la diversité de notre économie.

Un soutien insuffisant pour les PME

En moyenne, 7 200 entreprises ferment chaque année, illustrant l’ampleur de cette crise entrepreneuriale. Le Québec présente le plus bas nombre d’entreprises par habitant au Canada et un taux de faillite en hausse.

L’écosystème économique privilégie aujourd’hui les start-ups, les grandes entreprises et les investissements étrangers, délaissant les PME locales, qui représentent pourtant 75 % du tissu entrepreneurial québécois.

Pour contrer cette tendance, Nathaly Riverin propose des états généraux de l’entrepreneuriat afin d’élaborer des solutions adaptées aux besoins des entrepreneurs. Le repreneuriat est une piste, mais ne suffit pas à inverser le déclin.

Laurent Ferreira, président de la Banque Nationale, critique les subventions massives aux entreprises étrangères et prône une réorientation vers le soutien aux entreprises locales, favorisant ainsi une économie durable.

Défis des entrepreneurs d’aujourd’hui

Les entrepreneurs, particulièrement en région, affrontent des défis tels que l’isolement, le manque de relève, la pénurie de main-d’œuvre, la pression financière et des problèmes de santé mentale. Les programmes actuels, centrés sur l’innovation technologique et les start-ups, ne répondent pas aux besoins des petites entreprises de proximité, pourtant essentielles à nos communautés.

Pour revitaliser l’entrepreneuriat québécois, il est crucial de soutenir de manière adéquate ces entreprises vulnérables. Cela inclut des aides financières accessibles, des formations en gestion d’entreprise, et un réseau de soutien solide.

Une mobilisation collective pour un renouveau entrepreneurial

Le Québec peut redevenir une terre d’entrepreneurs audacieux et de bâtisseurs visionnaires. Pour cela, il est essentiel de recentrer nos efforts sur les PME et les entreprises locales, de réduire la bureaucratie et d’adopter une vision à long terme pour le soutien entrepreneurial.

En soutenant les 100 000 entrepreneurs restants, le Québec pourrait freiner son déclin entrepreneurial et renouer avec une tradition de créativité et de prospérité. Laurent Ferreira et Nathaly Riverin appellent tous deux à placer l’entrepreneuriat au cœur de nos priorités économiques.

Un écosystème entrepreneurial fort, ancré dans les valeurs locales

À une époque où les multinationales captent l’attention et les subventions, le Québec doit réinvestir dans son propre tissu économique et en ses entrepreneurs locaux. La « Fierté de Québec inc. », bâtie par des entreprises telles que Couche-Tard, Cascades, et Chocolats Favoris, est née de petites entreprises qui ont grandi par leur audace et leur détermination.

En 2023, les faillites d’entreprises ont atteint des niveaux sans précédent. Il est urgent de rétablir un équilibre et de redonner aux entrepreneurs québécois leur place au centre de notre stratégie économique.

En conclusion

Le renouveau entrepreneurial du Québec passe par des actions concrètes et une mobilisation collective. La tenue d’états généraux, le renforcement du repreneuriat, et un soutien financier adapté sont essentiels pour inverser la tendance actuelle. En créant un climat où chaque entrepreneur, petit ou grand, se sent valorisé et soutenu, nous bâtissons une économie locale forte et résiliente. Il faut aussi repenser la place qu’on veut laisser aux entreprises manufacturières, nouvelles et actuelles. Elles sont les véritables moteurs de création de richesse et de valeur. Le Québec en a vraiment besoin.

Il est temps de renouveler le pacte entre le Québec et ses entrepreneurs, pour qu’ils puissent prospérer et contribuer pleinement à l’avenir économique de la province.

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